Peur, pas peur

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Du temps a passé. Le 28 novembre avait lieu la visite post-opératoire avec le chirurgien. Après l’euphorie de l’annonce de l’ambulatoire et non d’une chirurgie lourde, le réveil correct et le fait que le chirurgien avait l’air satisfait, la semaine suivante où j’étais un peu dans un état second, le moment où les douleurs se sont réveillées, mais où je me disais tout va bien, il y a eu le moment où j’ai eu un peu moins mal, mais le temps de penser. Et si on m’annonçait que finalement, c’était plus grave et qu’il fallait me réopérer ! 5 à 10 % des femmes sont réopérées m’avait dit 3 fois le chirurgien. A nouveau l’angoisse, quelques jours où j’ai dû être tendue et peu agréable. En tout cas, intérieurement, l’impression que pour les autres tout était plié, physiquement j’allais bien, enfin, normalement bien après une opération, et je ne parlais pas de mes angoisses de peur de faire chier mes amis. J’en parlais à L quand même, mais pas trop, car, elle, s’angoissait aussi. J’ai réalisé qu’elle avait vraiment peur de me perdre. Comme moi l’apparente normalité de mon corps, de mon état physique en comparaison de la gravité évoquée par le mot « cancer » était flippante. 

L est restée avec moi pour les rendez-vous du 28. Le chirurgien et le radio-thérapeute. Oui, deux jours avant on m’a annoncé par téléphone ce deuxième rendez-vous. Soulagement. Ben oui, on m’aurait dit « oncologue médical », j’aurais su que le diagnostic était mauvais. Mais là, et j’en ai eu la confirmation à 8 h 30 mardi 28, je n’aurai que de la radiothérapie. 33 séances quand même. Au lieu des 25 annoncées lors du premier rendez-vous pré-opératoire. Ensuite, j’ai su que ma tumeur mesurait 8 millimètres, était non-agressive, mais très hormonosensible, ce qui signifie que j’aurai un traitement pendant 5 ans après les rayons. Un cachet par jour.

J’ai signalé au chirurgien que j’avais toujours des douleurs dans le bras, et sous le bras, au niveau de l’aisselle et il m’a dit qu’il me prenait un rendez-vous avec un médecin du service anti-douleurs. Au niveau de la cicatrice et du sein lui-même, ça va beaucoup mieux. C’est encore un peu dur, mais je masse, je masse. J’aime l’odeur des huiles avec lesquelles je masse. J’aime l’atmosphère de ma salle de bains en ce moment, y respirer.

Du coup, j’ai été convoquée lundi 4 au soir. Belle réactivité de cet hôpital. J’ai rencontré un médecin très calme, posé, très clair dans ses explications. Je suis ressortie avec une prescription journalière d’un comprimé le soir du médicament que j’avais pris pendant 15 jours après l’opération, ajouté à des patches que je porte douze heures durant la journée aux endroits du bras qui me font mal. Ce sont des douleurs neuropathiques dues à la section d’un nerf pendant l’opération. Classiques, mais prises en compte. Je pourrai sans doute un jour redevenir prof et écrire au tableau. Quelle joie !

Et la suite, me direz-vous ! Eh bien, le 21 décembre je passe un scanner, pour que l’on tatoue trois points qui définiront l’endroit exacte où l’on doit faire les rayons. Puis, en janvier, j’irai 33 fois à l’hôpital, tous les jours sauf les samedi et dimanche. Ça dure 10 minutes, dont une minutes seulement d’irradiation. Je n’angoisse pas trop parce que tout le monde me dit que ça ne fait pas mal. Mais je me souviens de ma mère, qui était épuisée. Mais elle souffrait plus par ailleurs. Si j’ai peur, c’est de l’inconnu bien sûr. Alors je sais que quelques jours avant je vais angoisser. Mais auparavant, je vais pouvoir profiter de noël, de mes amis, du champagne.

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Ce que je retiens de cette période, ce sont les montagnes russes au niveau du moral. Les angoisses qui succèdent aux euphories, suivies elles-mêmes de nouvelles angoisses, puis de nouvelles euphories, etc. C’est épuisant. Moralement et physiquement. Je n’en ai pas parlé à la psy que j’ai commencé à voir, car on règle un problème plus ancien, mais qui exacerbe tout ce que je viens de vous décrire. Mais je garde ça pour une prochaine séance. Séance non remboursée par ma mutuelle, car la dame n’a pas les diplômes exigés par la MGEN.  J’aurais quand même touché 15 euros par séance, mais là, non. Ils sont rats et réacs. Tout ce qui n’est pas médecine traditionnelle est regardé avec suspicion et non-remboursé ! Heureusement ma psychologue, formée dans trois écoles, est moins près de ses sous et me demande 50 euros pour une séance de deux heures (!!) et ne pousse pas à la consommation. Une séance par moi pour l’instant. Elle est spécialiste des thérapies brèves, ce qui me va parfaitement.

Ce blog, gratuit, fait partie aussi de ma thérapie (même si j’ai peu de lecteurs.trices) et m’aide à vivre cette période un peu traumatisante de ma vie. Tout comme la micro-kinésithérapeute que j’ai vue avant l’opération, l’acupunctrice, la réflexologue, et l’ostéopathe que je vais bientôt voir. (Pour lui, la mutuelle sus-nommée offre royalement un forfait de 70 euros par an, si on en choisit un dans SA liste !!!). 

Bon, j’ai l’air de me plaindre comme ça, mais j’exagère. Ma mutuelle prend en charge 4.94 par heure d’aide-ménagère (12 par mois) et j’ai appris que l’Education Nationale (mais si !!!) donnait, elle, 5 euros par heure. J’ignorais même l’existence de cette aide. J’en conclus qu’un prof peut souffrir dans son corps des suites d’une chirurgie, mais doit le faire dans la propreté.

de Michael Ancher, peintre danois.

de Michael Ancher, peintre danois.

 

CONVALESCENCE

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Donc on m’a renvoyée chez moi. Pendant deux jours j’ai dormi, interrompue par la visite de l’infirmière pour changer le pansement. L’ordonnance stipulait une visite tous les deux jours pendant dix jours. Quand l’anesthésiant a cessé de faire effet, j’ai eu très mal. Au sein et au bras. Dans le sein, ça ne prévenait pas, mais cela faisait une grande douleur électrique sur certains gestes. Dans le bras, c’était surtout en dessous, à l’endroit où l’on a retiré le ganglion sentinelle, et derrière le bras, une zone sans sensibilité, mais bizarrement qui lançait elle aussi des chocs électriques. Le corps est étrange. 

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Pendant cette somnolence et ces douleurs, pas envie de visite. Les gens ont été parfaits, ils ne sont pas venus. L s’est occupée de moi comme si elle avait été infirmière ou garde-malade toute sa vie. Comment font les gens qui sont seuls ? Tout le monde n’a pas une L adorable à domicile ! Quand j’ai pu, on a regardé quelques épisodes de séries légères ensemble. Puis j’ai réussi à refaire un peu la cuisine avec elle. On ne mange plus que bio, beaucoup de légumes.  A ce propos, c’est étrange, la balance me dit que je n’ai pas maigri, je mange comme 4, et pourtant mon corps donne une image plus fine. 

Le sixième jour, je me suis habillée et suis allée ouvrir moi-même à l’infirmière. Maintenant, ça fait quinze jours. Je m’occupe seule de ma cicatrice. Je l’apprivoise, je m’y habitue, je me l’approprie. Je la masse avec de la pommade Cicaplast, comme me l’a conseillé l’infirmière. Mais je complète avec des massages d’huile de calendula à laquelle j’ajoute 3 gouttes d’huile essentielle d’immortelle. Mon bras qui a toujours mal, je le masse également à l’huile de calendula. Par ailleurs, je continue l’arnica en homéopathie.

A part ça, est-ce le stress, le moral ou vraiment l’opération, je me sens très fatiguée.

J’aime bien l’idée que l’huile essentielle qui va me faire du bien est l’ »immortelle ».

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PASSAGE A L’ACTE

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Comment ça se passe ? Ça commence la veille. On angoisse pas mal, mais comme L est rentrée exceptionnellement le jeudi soir et a pris son vendredi, je ne suis pas toute seule. Heureusement, parce que je sais que je n’aurais pas dormi. Les consignes, c’est deux douches la veille et deux douches le matin, avec des produits sortant de flacons neufs. Et pour chaque douche, un shampoing. Ne pas omettre le nombril et plein d’autres conseils très précis qui montrent que finalement les français ne savent pas forcément se doucher. J’ai le droit de manger jusqu’à minuit. Ça ne veut pas dire que je me suis empiffrée jusqu’à 0 h 00. Je ne bois pas beaucoup en général, donc pour ça aussi c’était assez simple. On met deux réveils pour être sur de se réveiller. Et évidemment, on est prêtes en avance. Je vérifie tous les papiers, les signatures, la carte vitale, tout y est. Je suis convoquée à 8 h 00. L’admission a été faite. On arrive à 7 h 35. Comme ça, L a largement le temps de vérifier l’itinéraire de retour, le parking idéal, etc. Quand on voit que plus personne n’attend devant l’entrée, on entre aussi et on se rend directement au service « chirurgie ambulatoire ». 

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Une infirmière nous accueille et tout de suite me fait entrer dans ma chambre et me prépare : Explications. Lit prêt avec le déguisement pour plus tard. Elle me fait une prise de sang, du moins elle essaie, car le creux de mon coude gauche est plus que récalcitrant, tout bleu qu’il est d’une autre prise de sang une semaine plus tôt. Du coup elle essaie sur mon poignet, sous mon pouce. Ça marche, mais ce n’est pas assez grand pour placer la perfusion. La deuxième occupante de la chambre arrive. L’infirmière réexplique. La dame ne s’est pas épilée. Je me demande si elle s’est douchée.

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On placera la perf plus tard, car là, un brancardier vient me chercher pour m’emmener en radiologie pour qu’on me place un fil qui va jusqu’à la tumeur pour guider le chirurgien dans son geste. Là, surtout, expliquer. Il y a deux clips, mais une seule tumeur cancéreuse. Indiquer ou est la « bonne ».  Un manipulateur radio, jeune, m’explique tout, parle beaucoup, pour me mettre à l’aise. Le radiologue, lui, est beaucoup plus froid. Il s’appelle Hénon. Je me dis que c’est peut-être le père de l’élève surdouée que j’ai eue il y a trois ou quatre ans. Après le placement du fil, assez douloureux quand même, on vérifie par une mammographie que tout est correct. J’espère fortement que oui. Pas envie de les voir me retirer le fil et le replacer ! On met un pansement sur le fil qui dépasse droit devant à l’avant du sein. C’est plus pratique pour me rhabiller ! Le brancardier, gentil, vient me rechercher en salle d’attente et m’emmène cette fois en médecine nucléaire. Au bout de quelques minutes, je rencontre le médecin, qui m’explique qu’on va m’injecter un produit qui mettra en valeur tout ce que le chirurgien doit retirer. Je passe un quart d’heure avec les deux infirmie.è.r.e.s qui attendent le produit à injecter et qui arrive par un monte-charge. Tout cela semble secret, minuté, protégé. Mais, eux, parlent vacances, cancans du service. C’est drôle. Puis, après une injection rapide et sans douleur, (je ne sais plus où), on m’emmène dans une salle où deux filles, pas beaucoup plus impliquées dans ce qu’elles font (humainement, je veux dire), qui m’installent sur une table, me disent de ne pas bouger, de retenir ma respiration, et sortent. Là, je sens que je suis en train de devenir radio-active. J’en ai confirmation quand dans la salle d’attente je lis une note : « Mesdames, Messieurs, veuillez allez uriner dans les toilettes avant de sortir du service, pour protéger la planète. » Je ne sais pas si ça me concerne, mais je me force et vais faire don de quelques gouttes. 

Le brancardier arrive juste après et me remmène dans ma chambre. Ma co-loc arrive peu après. J’ai eu le temps d’enfiler ma tenue d’opération, de ranger mes affaires dans mon placard, et de cacher la clé. J’ai trouvé une cachette un peu complexe, que j’ai décrite à L par SMS, au cas où j’aurais oublié après l’anesthésie. L’infirmière m’a déjà donné 3 cachets à prendre avec un liquide jaune, pétillant, au goût atroce. Je sens que ça ne tardera pas à me faire dormir. L’infirmière ré-essaye de trouver un endroit pour la perf. Elle galère. Et moi aussi. La dame à côté, pas si vieille que ça, mais à l’ouest, piaille non stop, commentant tout ce qu’elle fait. Elle n’a pas fait signer la feuille de prise en charge par un proche après l’anesthésie. Je me dis que c’est comme en classe. T’as beau donner les consignes, y’en a toujours un qui n’a rien écouté ou rien compris. 

Enfin prête ! Il est onze heures. Mais on ne viendra me chercher qu’à 13 h. Ce n’est pas grave, je somnole et dors même. A côté de moi, la dame gigote, fait ses mots croisés, assise. Comment fait-elle ? J’en suis à me demander si elle a pris la prémédication quand on lui a dit de le faire…

Le brancardier, toujours le même, vient me chercher, m’emmène jusqu’au bloc. Toujours gentiment. Il me demande de passer sur un autre brancard. J’ai mes lunettes et une pochette plastique pour les mettre quand je n’en aurai plus besoin. Je me suis imaginé que je verrais le chirurgien.

Il fait froid. On me fait entrer dans le bloc. Il fait encore plus froid. Je repasse encore sur une nouvelle table. Je vais devenir géniale en déplacement latéral sur le dos. Une dame me dit « j’envoie le produit ». Une autre me place un masque et précise que c’est de l’oxygène, que ce n’est pas ce qui va m’endormir. 

Je me réveille. Une infirmière brune, me dit « Madame , il faut vous réveiller. Ca fait une heure vingt que vous êtes là. » Je me rappelle qu’on m’avait parlé d’une demi-heure en salle de réveil ! Elle revient ; elle a déjà dû essayer plusieurs fois de me réveiller. Et comme je dis « mmh » quand elle me demande si ça va, elle appelle le brancardier. Qui me reconduit dans ma chambre. Là, je suis un peu plus réveillée. J’appelle L et ma meilleure amie. Elles arrivent sans doute 15 minutes après. Alors je me lève et prudemment vais vers la salle de bains pour me rhabiller. Mais entre temps, l’infirmière a retiré la perf, et ça a giclé ! il y a du sang plein ma trousse de toilette. L’interne est venue me dire que tout s’était bien passé. Mais un peu plus tard, le chirurgien passe a son tour et me dit. « J’ai facilement trouvé le cancer, je l’ai retiré et beaucoup autour pour être sûr. Et j’ai retiré le ganglion sentinelle. C’est tout. Tout s’est très bien passé. » Tout cela me rassure, son sourire aussi.

L’infirmière m’emmène me promener un peu dans les couloirs. J’ai le temps de lui raconter que ma mère avait été soignée dans cet hopital en 1986, et que c’est pour ça que je l’ai choisi. Ca doit la convaincre que je suis apte à rentrer chez moi. Je lui dis merci. Je le pense vraiment.

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Retour à la maison. Je dors très vite et bien. Je raconterai la suite plus tard.

DE LA VARIÉTÉ DES SENTIMENTS

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Je suis allée voir la psychologue. J’y suis restée une heure quarante. La première séance, on se présente. Elle pose beaucoup de questions. Elle dégage déjà un objectif : me débarrasser de cet énorme nœud de souffrance qui squatte en moi depuis 41 ans. La mort de mon frère, choisie, détermine en effet toutes mes réactions, tous mes choix, tous mes sentiments. En tout cas c’est ce qui ressort de ce premier échange. Comme je ne veux pas que cela influence aussi mon cancer, je vais tout faire pour moins souffrir. La mémoire jouant des tours au fil des années et nous faisant oublier des détails et des images sur nos morts, on a parfois tendance à cultiver cette souffrance, à l’apprivoiser, mais finalement à vivre avec plutôt qu’à la supprimer. Je crois avoir compris ça dans notre échange. Il faut aussi me délester d’une colère qui subsiste en moi.

J’ai rencontré l’infirmière qui sera là lors de l’opération et l’anesthésiste. Ils ont de l’humour, mais m’ont quand même expliqué des choses sérieuses. Je me suis épilée. Je dois prendre deux douches et me faire deux shampoings ce soir, avec des produits sortant de flacons neufs (!) et refaire ça demain matin. Bien sûr je dois cesser d’avaler quoi que ce soit, solide ou liquide à partir de minuit. Je dois apporter des sous-vêtements propres. (re- !!). En principe je sors le soir même après l’opération, sauf si je ne suis pas assez réveillée. Dans ce cas, une nuit d’hôtel aux frais de l’état !

Quelques soucis matériels se sont tapé l’incruste. On a dû changer la serrure ; heureusement on a eu le temps de donner une clé neuve à la dame qui garde le chat quand on part. On a eu une panne de chauffage. Plombier. Et hier soir, le chauffe-eau s’est arrêté intempestivement. Là, j’ai réussi à le rallumer toute seule, mais ça a pris du temps et des larmes. Du coup, L, qui devait ne revenir que demain après-midi rentrera ce soir et sera là toute la journée pendant l’opération. Espérons qu’ils seront compréhensifs à son boulot. 

Un paragraphe positif ? Nous sommes parties 4 jours en Angleterre, dans le sud, à Eastbourne. Quelle parenthèse merveilleuse ! Je me sens à la fois ailleurs et chez moi dès que je passe la Manche. De plus nous avons eu un très beau temps. Nous nous sommes promenées au bord de la mer, sur la jetée. Nous nous sommes trouvé un joli pub de campagne pour manger dimanche. Nous avons testé deux restos Thaï et un Indien. A chaque fois un délice, des épices subtiles mais qui ne manquent pas de puissance et une amabilité et un prix à faire pâlir tous ceux qui cherchent des compliments sur Tripeudvaillezeur ! Nous avons fait aussi un peu de shopping, souriant aux trouvailles halloweeniennes, et s’extasiant sur les cartes et la papeterie. Un restau bio / végétarien nous a conquises lors de cette virée en centre-ville.

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Me voici à J-1. L’angoisse s’est mise à monter durant la dernière nuit en GB et ne m’a quittée que par intermittence. J’essaie de rationaliser. Mais j’ai beaucoup de mal. Je suis quelqu’un d’angoissée, mais habituée à le cacher. Je connais la douleur, l’oppression, au niveau du sternum. Mais je ne l’avais jamais ressentie comme cette nuit d’il y a 60 heures environ, où même mon pouls devenait erratique. J’ai eu l’impression de ne pas relâcher du tout de la nuit. Durant tout ce mois d’attente, le jour est arrivé à chaque fois comme une délivrance, et cette dernière nuit en GB, encore plus. 

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Si je n’avais pas oublié mon chéquier…

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Hier j’ai eu l’impression que la fin de mon après-midi ressemblait à ces alignements de dominos que l’on fait tomber les uns après les autres, sans pouvoir les arrêter, rien qu’en poussant le premier. 

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J’avais rendez-vous chez l’acupunctrice. Je la voyais pour la première fois. J’étais prête, propre et bien coiffée, ce dernier détail parce que je retrouvais ma cousine pour un petit restau après la séance.

Je suis partie de chez moi en tramway, et me suis rendu compte en cherchant ma carte de tram que j’avais oublié mon chéquier. Qu’à cela ne tienne, je prendrais des sous à un distributeur. Pour ce faire il me fallait traverser l’immense place piétonne de ma ville, coupée en deux exceptionnellement par des tentes en enfilade, pour lesquelles, en raison de vigipirate je suppose, il y avait une entrée et une seule d’un côté, et une sortie et une seule de l’autre. Je croyais qu’il s’agissait de dégustations de produits locaux, mais non, c’était un lieu de rencontre pour des demandeurs d’emploi et des employeurs potentiels. Pour alimenter des ordinateurs à l’intérieur des tentes, il fallait de l’électricité, que des techniciens avaient acheminée jusqu’aux tentes en coinçant les fils et câbles sous une espèce de tunnel en caoutchouc noir épais, qui formait une gouttière de faible épaisseur en travers du trottoir qui restait à la disposition des piétons le long des tentes. De faible épaisseur, mais assez cependant pour faire trébucher une cinquantenaire, bientôt soixantenaire (Aaargh !!! Help !!!) qui marche tout en regardant droit devant elle pour trouver un DAB. Ce qui arriva.

La presque soixantenaire partit en avant, mais eut le temps de poser les mains en avant pour se protéger et eut du baume au cœur quand elle réalisa que les passants restaient sur place pour vérifier que tout allait bien, mais ne se précipitaient pas pour la relever comme on le ferait pour une personne âgée. Une fois debout, et malgré une douleur au genou droit et à la main gauche, je me dirigeai vers le DAB, sortit 60 euros, et repartit vers un café, car je venais de réaliser que mes mains étaient, à cause de la chute, très crasseuses. Pas question d’arriver à mon rendez-vous dans cet état. Je choisis une brasserie assez calme à cette heure, et où je sais les toilettes propres. J’ai donc dû commander un diabolo violette (je suis de cette race de gens trop bien élevés qui n’osent pas utiliser les toilettes d’un café sans consommer.) et je fis très attention en redescendant les escaliers qui mènent aux toilettes.

Une fois arrivée chez l’acupunctrice, je vis à son air étonné qu’elle ne m’attendait pas. Je protestai, assurant que si j’avais écrit 17 h 30 sur mon agenda papier et sur mon agenda électronique, c’est que j’avais rendez-vous ce jour-là à 17 h 30. Elle me redemanda mon nom, et soudain la lumière fut. Elle me montra un post-it qui disait qu’un monsieur, du même nom que moi, annulait son rendez-vous. Seulement, ce n’était pas moi, et elle avait annulé le mauvais rendez-vous et l’avait remplacé par un autre. Damned ! 

Elle a vite téléphoné à une dame qui devait arriver 20 minutes plus tard pour retarder sa séance de 30 minutes et on a réussi à faire notre première séance, avec discussion pour faire connaissance, puis plantage d’aiguilles, puis repos (comme pour la pâte à crêpes.), puis retirage des aiguilles. Commentaires. Je suis très réactive. Ça, j’ai senti. A un moment j’ai eu une douleur extrême au pied droit sur le dessus duquel elle avait planté une des aiguilles. C’est l’estomac. Là où toutes les angoisses, nouvelles et anciennes, se concentrent. Elle m’a fixé un nouveau rendez-vous une semaine après l’opération. Et elle a bien vu qu’elle avait du boulot. J’expliquerai peut-être dans une autre note tous les traumas anciens dont je n’ai sans doute pas assez vidé mon corps. Je commencerai peut-être dès mardi, puisque j’aurai mon premier rendez-vous avec une psychologue.

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Soulagement

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Je peux m’angoisser jusqu’à m’en rendre malade, à ressentir des symptômes physiques : douleur persistante au niveau du sternum et dans ma gorge, maux de tête, impossibilité de manger quoi que ce soit, comme si mon estomac criait non, et d’autres choses que je n’arrive pas à décrire. Cela va en croissant, puis, je passe à l’action, là, je me calme. J’assure. S’il y a du public, il doit se dire que je suis forte. On m’annonce une bonne nouvelle ou je trouve une solution, et soudain, en une seconde, les symptômes disparaissent.

C’est ce qui s’est passé ce matin. Depuis le 5 octobre, jour de l’IRM et de la dernière biopsie, je n’ai cessé de me faire du souci, d’envisager des situations de plus en plus dures et graves. Ce matin, une fois arrivée au parking de l’hôpital, à l’heure malgré la circulation démentielle, j’ai senti que je me calmais. Puis j’ai parlé au chirurgien. L était à mes côtés. Il m’a dit que la deuxième « chose » détectée par le radiologue n’était finalement que quelque chose de bénin, que j’allais être opérée en ambulatoire le 3 novembre, comme prévu, et qu’on ne me retirerait que la petite tumeur. Et depuis, je vais tellement bien que j’en oublierai presque que j’ai quand même un cancer.

Hier j’avais fait une séance de micro-kinésithérapie qui m’avait déjà fait un grand pas dans ma capacité à respirer.

Et demain, je vais voir une acupunctrice. On m’a dit qu’il était judicieux d’en voir une avant et après l’opération. Je vais aussi lui parler des « coupeurs de feu » dans l’optique de la radiothérapie.

Mais je ne fais pas que des choses liées au médical. Cet après-midi je suis allée bavarder sur la terrasse d’un salon de thé, dans une petite place du centre ville, où l’on se sent complètement au calme. Demain soir, je mange avec ma cousine. Je ne sais pas encore où. Mais je vais trouver une idée.

L nous a abonnées à Netflix, alors je vais pouvoir regarder des séries et des films en anglais. Jusqu’ici, je n’ai pas réussi à m’y mettre. Trop dur de se concentrer. En revanche j’ai commencé à numériser des vieilles photos de famille, que je mettrai en ligne pour que tous les membres de cette famille puissent les consulter.

Demain, je lirai en détail le programme  »Canto » auquel j’ai accepté de participer. Je vous en dirai plus quand cette lecture sera finie.

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A comme angoisse et comme amitié

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Beaucoup de choses se passent chez moi qui entraînent une angoisse. Pour beaucoup, je sais que ça ne serait rien. Mais j’ai toujours été anxieuse, à l’excès, même petite fille. Et aujourd’hui, je me sens aussi fragile que quand à l’école primaire je craignais d’avoir oublié quelque chose. J’ai fait relever mes parents, sortir l’encre violette, en pleine nuit, pour m’apercevoir que j’avais déjà recopié l’exercice. Je retrouve ces trouilles avec les papiers à remplir pour la mutuelle, les ouvriers qui font des travaux chez moi, et cette nuit en me demandant soudain si j’avais le droit de partir en weekend alors que je suis en congé de maladie. Je n’en ai pas dormi, 8 heures à tourner dans le lit et à essayer de calmer mes brûlures d’estomac, et mon médecin a réussi à me rassurer en 10 minutes. Du coup, après avoir arrêté quelques jours, sans vrai raison, j’ai repris Petit Bambou, avec une vraie raison ! Et ça marche plutôt bien. J’ai du mal à démarrer une activité ou un livre, parce qu’il y a toujours quelqu’un qui m’interrompt ou le sommeil qui me prend dans la journée, alors qu’il me fuit la nuit.

A comme angoisse et comme amitié

Hier j’avais rendez-vous avec mes copines de sixième en ville pour boire un verre vers 17 h. Je connais l’une d’elle depuis 53 ans ! et les autres depuis 48 ans. Ça donne le vertige à dire comme ça, mais quand on est ensemble, on bavarde, on rigole comme si la récré allait se terminer et qu’il fallait qu’on en profite à fond.

Et comme tous les vendredi soir, L rentrait. S’il n’y avait pas eu cette histoire de weekend hors ma ville et mon département, j’aurais sans doute pu dormir un peu plus. Là, de surcroît, je l’ai empêchée de s’endormir. Je ne suis pas un cadeau en ce moment.

J’ai reçu un « reminder » de l’hôpital pour mon rendez-vous de mardi. Ça approche. Bientôt la fin de cette attente qui est en train de devenir insupportable. Tout en redoutant les soins et même l’opération, j’ai hâte que cela se passe. Tout le monde s’adresse à moi comme si j’étais une grande malade, est gentil d’une manière sympa mais à laquelle je ne suis pas habituée, même ma dentiste que je trouve pourtant rigolote et compétente sans me faire mal d’habitude, a décidé hier de séparer mon détartrage en deux séances pour que j’aie moins mal ! Elle fera aussi une radio panoramique pour être sûre que je n’ai rien de gênant pour l’opération. 

Les collègues au lycée m’envoient aussi des messages, demandent gentiment de mes nouvelles. Je culpabiliserais presque d’en avoir marre du lycée, comme j’en ai marre depuis deux ans. Je reçois également des messages de mes amis de l’étranger : USA,  Allemagne, Angleterre… Je vais redécouvrir le plaisir des vraies lettres.

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La vie est presque normale

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Ma remplaçante s’est fait voler son téléphone. Pendant un cours ! C’est une première dans mon lycée. La pauvre n’avait pas souscrit à une assurance spéciale. Bad luck.

Et moi, j’attends toujours.

Jeudi dernier, donc, je passais des examens. Une IRM d’abord. C’était prévu depuis le début. Le radiologue l’avait préconisé. Comme il m’a expliqué, c’est compliqué de lire le sein d’une femme. En effet, pour une mammographie, elle est debout. Pour une échographie, elle est allongée sur le dos. Et pour l’IRM, elle est couchée sur le ventre.( Oui, pour celles qui ne sont pas passées par là, il y a deux trous pour les seins et un pour le visage, comme pour les tables de massage.)  Pendant l’IRM on m’a proposé d’écouter la radio. A proscrire ! En effet, déjà ils choisissent une radio insupportable. Que du bruit. Heureusement, le bruit de la radio est couvert par le bruit de la machine la plupart du temps. On nous parle un peu, mais pas beaucoup comparé à l’IRM cardiaque durant lequel on doit faire un tas d’exercices, d’apnée, de respiration, puis d’apnée, etc. Là, il faut juste se tenir tranquille. Evidemment, c’est toujours à ce moment là que ça nous démange. Après l’IRM, le radiologue est venu rapidement me dire qu’il avait trouvé un deuxième spot, et qu’il vérifierait à l’échographie, qui suivait quasi-immédiatement, ce que ça pouvait être. Donc, étape 2, Echographie, après 3 quarts d’heure en salle d’attente. Là, le radiologue a surtout parlé à sa collègue, ce que j’ai moyennement apprécié, de problèmes pas directement liés à mon cas. D’habitude, dans son cabinet privé, il n’est pas comme ça. Bon, il a fait son boulot quand même. J’ai compris que le petit truc nouveau pouvait ou ne pouvait pas être bénin et qu’il préférait faire une biopsie. Donc biopsie il y eut. 3 aiguilles. Une pression qu’on m’a demandé de maintenir ensuite pour empêcher la survenue d’un hématome. Ça ne marche pas. Comme le « bidule » est très petit, il a laissé un clip à l’intérieur pour que le chirurgien puisse le localiser lors de l’opération. Puis le radiologue est parti, me laissant avec son assistante, qui m’a dit que j’aurais les résultats de la biopsie le 17, jour de mon rendez-vous pré-opératoire avec le chirurgien. Ce qui est rassurant : il n’y a pas eu de biopsie de la masse de calcifications, car il est formel, rien n’a changé de ce côté là. Il connait mes seins depuis 17 ans ! Et il n’a pas retouché aux ganglions, celui qu’il avait prélevé la dernière fois était négatif. Ma généraliste m’a dit que de toutes façons, de nouvelles analyses seraient faites lors de l’intervention. Intervention, opération, tumorectomie, ablation… Le plus dur est de ne pas savoir ce qu’il en sera exactement. Que de mots pour une même chose, un mauvais moment.

Je suis allée seule à ces deux rendez-vous matinaux. Mais le 17 L m’accompagnera. Je vais l’appeler L ici. C’est plus simple. Mon épouse, c’est pompeux et ringard, ma conjointe, trop administratif. Mon autre moitié essentielle, l’amour de ma vie, mon pilier d’amour… trop emphatique. Alors, L me soutient du mieux qu’elle peut. C’est la première fois qu’elle se prend une nouvelle comme ça, qu’elle doit accompagner quelqu’un qui lui est cher dans la maladie. Je ne dis pas que je sais faire. Mais je sais que les épreuves qui peuvent paraître les plus insurmontables quand on nous les annonce, se surmontent au jour le jour, sans qu’on se demande comment sur le moment. Ça passe, on survit, c’est tout. Donc, elle m’accompagne, mais n’est là que le weekend, comme c’est le cas depuis 15 ans, pour raisons professionnelles. Nous y arriverons quand même, j’en suis sûre.

Ce weekend a été riche en émotions. Repas chez des amis samedi et concert à Paris dimanche, prévu de longue date. Retour au quotidien, banal et angoissant. Le moral est retombé aussi. Heureusement il y a des amis. Hier à midi deux potes grévistes sont passés. Bière et pizza, thérapie douce. Et à midi, déjeuner en ville avec une autre collègue, plus jeune, mais très sympa aussi. 

La vie est presque normale 1697349859

Repérer les signes de la maladie et lui résister.

Depuis hier j’ai commencé à utiliser une appli qui s’appelle « Petit Bambou ». C’est un programme de méditation. Les deux premières séances me rappellent énormément ce qu’on appelait « relaxation » il y a 30 ans. Mais c’est bien. Je vais essayer de m’y tenir et dix minutes tous les matins je me motiverai pour redonner de la force à ma tête et à mon corps.

Hier j’ai eu une journée occupée comme jamais je n’en ai, même pendant les vacances. J’ai vu des gens, j’ai fabriqué quelque chose (du chutney à la figue), j’ai fait des courses, j’ai mangé dans un café avec une amie, j’ai cuisiné quelque chose de léger pour ma cousine qui venait grignoter avec moi après sa longue et dure journée de travail. C’est un peu culpabilisant et déstabilisant de me sentir libre de ne rien faire ou d’agir, sans me sentir malade, quand d’autres se fatiguent. Surtout que je suis intimement persuadée que c’est la fatigue, l’usure ressentie à cause de mon métier, les soucis familiaux, qui m’ont rendue incapable de me battre contre le développement de cette cellule cancéreuse.

Ce qui me déculpabilise un peu et me fait un peu plus rentrer dans le statut de malade ayant droit de s’arrêter de travailler, c’est que depuis hier j’ai une remplaçante. Je l’ai vue hier et la revois aujourd’hui, histoire de lui dire exactement où j’en suis avec chacun de mes 10 groupes et de lui  donner des conseils, vu que c’est sa première « mission » (c’est comme ça qu’elle dit) en lycée. Je lui ai donné une clé USB contenant tous les documents déjà utilisés et ceux qu’elle peut utiliser pour la suite, des projets d’évaluation, et quelques explications.

J’ai reçu un mail du lycée hier me demandant, comme à tous les collègues, d’aller signer mon état de service. Je ne sais pas si je vais être obligée d’y aller. Demain matin, je passe des examens. IRM, échographie, peut-être biopsies. Si je suis en forme en sortant, je pourrai peut-être passer discrètement signer. Hier je passai une échographie pelvienne. Tout va bien. Enfin, de ce côté là.

Quand je vais bien, comme hier, sans baisse de moral caractérisée, j’en arrive à presque me demander si je n’ai pas tout rêvé. Je n’arrive pas à me dire « J’ai un cancer. »

Repérer les signes de la maladie et lui résister. Zen-Buddhist-Meditation-Yoga-Vinyl-Sticker-Chinese-Home-Wall-Decal-Removable-Wall-Stickers-Home-Decor-Living.jpg_220x220

Et pourtant, c’est dimanche

Difficile d’être forte.  Il faudrait que, comme on m’a retiré le poids, immense je l’admets, de mon travail en me mettant en congé de maladie, on me retire le poids des soucis du quotidien. Je voudrais ne plus avoir à penser au compteur d’eau qui doit être déplacé et aux travaux qui vont me coûter une fortune. Ne plus me dire que dorénavant pour  emprunter, il va me falloir affronter la défiance, parce que je suis malade, et que ce que j’ai, on en meurt. Ne plus m’attrister de voir ma tante perdre le contact avec notre monde, à cause d’une autre maladie, Alzheimer. Je voudrais ne plus avoir à tout cela et me dire « tu as tout le temps, fais ce que tu veux, ce dont tu as envie. » Mais je réalise qu’il est si difficile d’avoir des envies quand on a peur.

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